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26 mai 2026

Le Rouge dans l'Art

Impossible de passer à côté du rouge sans le remarquer. C’est la couleur de la passion, du feu et de l'énergie. Depuis la nuit des temps, elle nous fascine et occupe une place à part dans notre imaginaire. 

De la terre cuite des Grecs anciens aux plumes éclatantes d'un oiseau exotique, nous vous proposons un petit tour d'horizon pour découvrir les multiples visages du rouge à travers nos collections.

Le Rouge Antique 

Cette poterie à figures rouges est un loutrophore datant du IVe siècle. Ce type de vase était utilisé lors des rites funéraires ou nuptiaux. La technique consiste à laisser apparente la teinte naturellement rouge de l’argile et de peindre autour au verni noir les silhouettes et décors. Des rehauts de couleur peuvent être ajoutés pour souligner certains détails. Outre son aspect esthétique cette technique en figure rouge permet aux chercheurs de dater précisément l'objet.

Loutrophore sans anses apulienne à figures rouges, Peintre de Baltimore, vers 330-310 av. J.-C., Achat de L'institut Calvet en 1985, Musée Lapidaire, Inv. 23504

 

Cette poterie met en scène un moment solennel. Au centre du loutrophore, une jeune femme se tient dans un naiskos (un petit monument à colonnes). Elle est richement parée de bijoux et entourée d'objets du quotidien : miroirs, coffrets et éventails. On lui présente même une ombrelle. Cette scène évoque un « mariage avec Hadès », le roi des Enfers. Telle une nouvelle Perséphone, la défunte semble avoir triomphé de la mort, une victoire confirmée par la présence de Nikè (la Victoire ailée) sur l'épaule du vase.

 

Le Rouge sacré  

Au Moyen Âge, le rouge est très utilisé dans les œuvres religieuses. Dans ce panneau peint sur fond d’or, le manteau de Sainte Madeleine attire immédiatement le regard. Ce rouge vif provient probablement de l’utilisation du vermillon : un pigment précieux issu du cinabre, un minéral naturel. À cette époque, obtenir un rouge aussi pur est coûteux et difficile, c’est une manière de montrer l’importance d’un passage biblique et la richesse du commanditaire.

Saint Jean-Baptiste et sainte Madeleine, Angelo Puccinelli, 1370 avant J.C, Achat de l'Institut Calvet en 1972, Musée du Petit Palais, Inv. 22809

Le rouge possède ici une double symbolique. D’une part, il rappelle le sang versé par le Christ lors de son sacrifice ; de l’autre il incarne la passion spirituelle qui anime le cœur de la sainte. Cette couleur est choisie pour impressionner le fidèle, illustrant à la fois la puissance de l'Église et la ferveur de la foi chrétienne.

 

Le Rouge exotique 

Au XIXe siècle, l’Orient devient une source de fascination majeure pour les artistes. Le peintre Eugène Giraud, marqué par ses voyages en Égypte et au Maghreb, s'inscrit pleinement dans ce courant orientaliste.

Dans cette œuvre, le rouge n'est plus lié au sacré ou à la religion : il devient symbole de passion, d’ailleurs et de mystère. Il met en scène l’odalisque, cette figure féminine orientale à la fois sensuelle et exotique ; dont l’éclat du rouge souligne le cadre de vie luxueux des sultanes ou des concubines. Pour le public occidental de l'époque, cette couleur véhicule un véritable fantasme de l'ailleurs.

Odalisque en rouge, Eugène Giraud, vers 1835-1845, Don Puech à l'Institut Calvet en 1986, Musée Calvet, Inv. 23615

Tout dans cette œuvre est une invitation au désir et à l’ailleurs : la pose de la jeune femme sur son sofa, la présence du thé, du narguilé. Pour le poète Baudelaire, cette peinture se lit comme un véritable « poème » de couleurs et de sensations. Les détails y sont si nombreux, presque documentaires, que le peintre Renoir affirmait même qu'en regardant une telle scène, on pouvait presque sentir « l’odeur de la pastilla », un plat traditionnel du Maghreb.

 

Le Rouge naturel 

Enfin, il convient de rappeler que le rouge s'est imposé au cœur du vivant bien avant que l'homme de s'en empare. Le Coq-de-roche péruvien est un oiseau dont le plumage est d'un rouge orangé très intense.

Dans la nature, ce rouge éclatant n'est pas là pour faire joli, c'est une stratégie de survie. Contrairement à l'artiste qui broie des minéraux comme le cinabre, l'oiseau crée cette couleur grâce aux caroténoïdes, des pigments naturels qu'il puise directement dans les fruits et les baies qu'il consomme.

Coq-de-roche péruvien, Collection du Muséum Requien, Institut Calvet, Musée Requien, Inv. 2.A.Num2

 

Plus son rouge est vif, plus il prouve aux autres qu'il est en excellente santé et capable de trouver la meilleure nourriture. Dans l'ombre des forêts tropicales, il sert de « balise visuelle ». Le rouge est également un signal utilisé lors de parades pour séduire les femelles et décourager les concurrents. 

 

Loutrophore sans anses apulienne à figures rouges, Peintre de Baltimore, vers 330-310 av. J.-C., Achat de L'institut Calvet en 1985, Musée Lapidaire, Inv. 23504

Saint Jean-Baptiste et sainte Madeleine, Angelo Puccinelli, 1370 avant J.C, Achat de l'Institut Calvet en 1972, Musée du Petit Palais, Inv. 22809

Odalisque en rouge, Eugène Giraud, vers 1835-1845, Don Puech à l'Institut Calvet en 1986, Musée Calvet, Inv. 23615

Coq-de-roche péruvien, Collection du Muséum Requien, Institut Calvet, Musée Requien, Inv. 2.A.Num2

Bibliographie :Terres sacrées de Perséphone. Collections italiotes du musée Calvet, Avignon sous la direction de CAVALIER Odile

 

 

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