
03 juin 2026
Les œuvres du XVIIᵉ siècle
Mignard : les visages du XVIIᵉ siècle
À un jour de notre visite évènement autour du XVIIe siècle, nous vous proposons de vous familiariser avec le travail de la famille Mignard, dont les œuvres marquent les collections. Qu'il s'agisse de Pierre Ier, figure majeure de l'Académie royale à Paris, ou de son neveu Pierre II, actif en Provence, cette dynastie de peintres a su répondre aux attentes variées de son époque. Les trois tableaux sélectionnés pour notre parcours muséal du 7 juin illustrent la diversité de leur production. Ensemble, ils montrent comment la peinture de cette période oscillait constamment entre la mise en scène publique et le témoignage privé.
Portrait d'Henri de Forbin-Maynier, baron d'Oppède
Henri de Forbin-Maynier, baron d’Oppède, fut l'un des hommes les plus puissants de Provence sous Louis XIV. Issu d'une grande lignée de magistrats, il exerçait la fonction de Premier président du Parlement d'Aix. À cette époque, le Parlement était l'institution chargée de rendre la justice et de diriger la province au nom du roi. Connu pour sa grande habileté politique, le baron savait préserver ses intérêts et son pouvoir. Peint en 1657 lors d’une escale de l'artiste à Avignon, ce portrait surprend par sa sobriété : loin des costumes d'apparat ou de la lourde robe de magistrat cet homme influent est représenté à sa table de travail, la plume suspendue au-dessus de l'encrier.
Fruit de l'amitié entre le peintre et son modèle, cette œuvre nous dévoile l'homme de lettres dans son quotidien plutôt que le personnage public. Ce tableau, occupe une place majeure dans la collection : c'est le premier portrait que l'on peut attribuer avec certitude à Pierre Ier Mignard au sein des collections de l’Institut Calvet.

La rencontre d'Alexandre avec la reine des Amazones
Cette toile, peinte vers 1660, illustre un épisode de l'histoire légendaire d'Alexandre le Grand : sa rencontre avec Thalestris la reine des Amazones, ce peuple mythique de femmes guerrières. Fascinée par les exploits du conquérant, la reine fait un voyage de plusieurs jours dans un but précis : s'unir à lui pour concevoir un enfant qui hériterait de leur courage et de leur force. Mignard met en scène ce moment fort où les deux souverains se découvrent, sous le regard du petit dieu de l'Amour. Récemment restaurée, cette œuvre conservée par l'Institut Calvet témoigne de l'influence de la peinture d'histoire d'inspiration italienne en France, qui aimait théâtraliser les grands récits anciens.
Son auteur, Pierre Ier Mignard, fut une figure marquante de la peinture classique. Ami de Molière et de Racine, il devint l'un des portraitistes attitrés de Louis XIV. Ce tableau permet d'observer la maîtrise technique d'un artiste habitué aux commandes les plus prestigieuses du Grand Siècle.

Le printemps
Dans les décors de l’hôtel de Tonduti, Pierre II Mignard s'écarte des codes de son temps. Alors que le Printemps est traditionnellement représenté par une jeune fille, l'artiste choisit ici une femme mûre et inverse ainsi l'âge habituel des saisons. Ce décalage rompt avec l'idéalisation classique du Printemps pour offrir une image plus réaliste, qui surprend par son originalité.
Ce choix correspond en réalité à une attention particulière : les traits de ce Printemps seraient ceux de la maîtresse des lieux. En représentant la propriétaire en divinité, le peintre réalise un portrait historié : un portrait où une personne réelle est représentée sous les traits d'un personnage de la mythologie, de la religion ou de l'histoire.

Bibliographie : La peinture française du XVIème au XVIIIème siècle , Par Georges Brunel, édition Silvana Editoriale, Milano, 2015.
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