06 mai 2026
Le Bestiaire de l'Imaginaire
Voyage au cœur du Bestiaire
Si les collections de l’Institut Calvet sont célèbres pour leurs portraits et leurs paysages, elles abritent également un peuple plus secret : celui des créatures hybrides.
L’Ange et la Bête
Commençons cette exploration avec une œuvre de Nicolas Mignard : Saint Michel terrassant les anges rebelles. Cette toile imposante, autrefois installée dans la chapelle Saint-Michel de la Chartreuse de Villeneuve, s'inscrit dans une lignée de représentations de l'Apocalypse.
Ici, Mignard reste fidèle à son tempérament : il s'intéresse davantage à la vérité des sentiments et au drame psychologique qu'au spectaculaire ou au divin.

« Il fut précipité, le grand dragon, le Serpent ancien, qu'on appelle le diable et Satan [...] Il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui. » Apocalypse XII, 7-12.
Suivant ce texte, il dépeint un combat. Au bas de la toile le dragon ne ressemble pas à une chimère lointaine avec ses yeux furieux et sa langue fourchue, il incarne la haine. Le peintre capture un moment de métamorphose : les anges déchus qui tombent voient leur beauté s’effacer pour devenir des monstres.
Le Galop des Abysses
Quittons les cieux pour l'univers du mobilier d'apparat. Une armoire lyonnaise du XVIᵉ siècle, sculptée dans un noyer offre une autre facette de ce bestiaire. Ici l’hybride n'est plus une punition, mais un symbole de prestige.

Les hippocampes (chevaux marins) qui ornent ce meuble témoignent de la redécouverte de la mythologie à la Renaissance. Fusionnant la noblesse du cheval terrestre et la fluidité du monde aquatique. Ces créatures rappellent la puissance des mers et le contrôle des éléments. Pour le propriétaire de ce type de meuble au XVIᵉ siècle, posséder ces motifs c’était afficher sa maîtrise du monde et de ses mystères, sa domination sur les flots ou encore son lien avec le commerce lointain.
La Force brute du Centaure
Pour terminer ce voyage, nous quittons l’univers aquatique pour une créature beaucoup plus terrestre et musclée : le centaure. Dans son œuvre L'enlèvement de Déjanire, Étienne Parrocel met en scène Nessus, l'une des figures les plus sauvages de la mythologie antique. Longtemps débattue par les experts, cette toile montre tout le talent de l'artiste pour capturer le mouvement et la tension dramatique d'un récit légendaire. Contrairement au dragon, dont la transformation est une déformation, le centaure est une créature hybride par nature, symbolisant la fusion entre l'intelligence humaine et la force animale du cheval.

Le tableau dépeint l'instant précis où Nessus, sous prétexte d'aider Déjanire à traverser un fleuve, tente de l'enlever.
Qu’il s’agisse du dragon, des hippocampes sculptés sur le bois ou du centaure de Parrocel, le bestiaire de l’Institut Calvet nous rappelle que l’animal fantastique n’est jamais un simple décor. Chaque créature est un miroir de la nature humaine : elle illustre nos chutes, nos ambitions ou nos instincts les plus profonds.


