22 juin 2026
Costumes décors et personnages dans les collections de l’Institut Calvet
À l’occasion du festival d’Avignon du 4 au 25 juillet 2026, parcourez avec nous les collections de l’Institut Calvet mettant en avant le théâtre.
Le théâtre nait d’un visage caché :
Durant l’Antiquité grecque et romaine, le masque est utilisé par les acteurs de théâtre pour représenter une émotion, un dieu ou encore une figure mythologique peuplant les récits. Les masques sont très souvent exagérés afin de permettre une identification immédiate des personnages.
Dans nos collections vous pouvez admirer, une œnochoé représentant un acteur comique assis, portant un masque. Dans la continuité de la frise, nous pouvons voir à nouveau deux masques qui se font face, un putto qui tend les bras et un grand masque qui vient clore la composition.
Ce vase faisait partie de la collection d'Esprit Calvet. L'érudit avignonnais le croyait étrusque. Dans une lettre adressée au R.P. Béraud, Jésuite à Lyon, Esprit Calvet s'amuse à « raisonner sur cette peinture », selon lui, la scène représenterait un acteur principal dans le rôle de Simon, un épisode tiré de l’Eneide de Virgile.
Cette œnochoé rappelle que le théâtre, moment de divertissement, était déjà un sujet de discussion du quotidien.

Détail de la frise par Esprit Calvet.
L’art de la scénographie :
À travers nos collections d’art graphique, nous pouvons observer de magnifiques dessins italiens du XVIIIe siècle réalisés à la plume d’encre. Sur ce dessin, est représenté un décor de théâtre figurant un temple égyptien avec ses colonnes monumentales. Cette représentation illustre parfaitement la recherche de dépaysement et d'illusion.
Bien avant les dispositifs techniques contemporains, les décorateurs de théâtre imaginaient déjà des espaces capables d’immerger le spectateur dans l’univers de la pièce afin de donner vie au récit sur scène.

Se transformer pour jouer :
Une pièce de théâtre est pensée sur papier avant d’être jouée sur scène. Le dessin à l’encre et au lavis bruns de Giambattista Maganza, Quatre études de costumes pour l'Œdipe, est un témoignage précieux de la conception des costumes de théâtre au XVIe siècle.

En effet, sur cette œuvre, la réflexion menée par l’artiste consiste à proposer une identité visuelle propre à chaque personnage. Cette étude présente avec précision le costume dans son ensemble ainsi que les accessoires qui l’accompagnent. L’apparence de l’acteur sur scène renseigne en amont au spectateur quel est le rôle de chaque acteur et l’univers de la pièce.
Le théâtre est aussi un prétexte pour représenter de beaux costumes et des couleurs.

C’est le cas dans cette œuvre, la loge des Saltimbanques de Charles Dufresne, qui représente la loge des saltimbanques avec fraîcheur et allégresse. Au centre de la composition, nous pouvons admirer un arlequin aux couleurs éclatantes, figure emblématique de la tradition théâtrale. Cette atmosphère festive et vivante nous la retrouvons encore aujourd’hui lors du Festival d’Avignon.
Focus œuvre, la Comédia dell’ Arte : les personnages
Nous vous proposons de regarder de plus près cette œuvre de Hieronymus Franken Ier le vieux Herenthals, Scène de la commedia dell’arte. L’artiste y représente avec soin les différents personnages de ce type de spectacle, en mettant particulièrement en valeur leurs costumes et leurs expressions.

Qu’est-ce que la commedia dell’ arte ?
Ce genre théâtral est né en Italie au XVIe siècle et s’est popularisé par des troupes théâtrales itinérantes qui se produisaient sur les places publiques, les foires et les festivals. Les représentations de la commedia dell’arte avaient la particularité de captiver les foules par leurs spectacles souvent improvisés et riches d’humour.
À noter, ce genre théâtral est le premier à proposer un personnage principal féminin joué par une femmes.
Les thèmes sont universels : l’amour impossible, la tromperie ou encore les conflits intergénérationnels avec souvent un dénouement heureux.
Les personnages :
Les personnages de la commedia dell’arte sont tous caricaturaux avec des traits de caractère distincts et des rôles bien définis, bien que les pièces ne soient pas entièrement écrites et laissent une grande place à l’improvisation.

Sur cette œuvre, nous pouvons reconnaître les personnages suivants :
L'amoureuse (l’innamorata)
Placée au centre de la composition, elle fixe le spectateur tout en tendant l’oreille vers le personnage situé derrière elle. Nous pouvons facilement la reconnaître à ses riches vêtements, qui rappellent son statut social : une robe blanche ornée de dentelle, des gants et une coiffe parée de bijoux. La couleur blanche de sa robe permet de symboliser son caractère ingénu.
L’amoureux (l’innamorato)
Caché près du rideau qu’il soulève, il porte aussi un costume blanc et dicte au messager les mots à transmettre à sa jeune amoureuse.
Le messager
Son visage est dissimulé par une cape ; il se trouve agenouillé derrière la jeune amoureuse et lui délivre un message.
La servante
Placée derrière la jeune femme, la servante est là pour l’accompagner. Vêtue d’une coiffe, elle porte une fraise blanche et un chemisier rose, le tout complété par un jupon vert. Elle tient dans ses bras, la traîne blanche de la robe de l’amoureuse.
Pantalone
Sous les traits d’un vieillard, ce personnage se dresse devant l’amoureuse. Il est vêtu d’un costume rouge, d’un manteau noir, porte une grande épée et arbore une barbe grisonnante. Il se tient sur la pointe des pieds et tente de regarder ce qu’il se passe derrière l’amoureuse. Les couleurs de son costume et les traits sévères de son visage lui confère un aspect presque diabolique.
Pantalone est un personnage emblématique, il est perçu comme riche et avare, attiré par les jeunes filles et souvent ridiculisé par son valet. Il constitue une forme de critique de la bourgeoisie marchande de l’époque.
Le valet Zanni
Zanni est le valet qui accompagne le vieillard Pantalone, et se place derrière ce dernier. Il se couvre le visage à l’aide d’un masque et semble dissimuler quelque chose sous son bras, renforçant ainsi le caractère mystérieux et malicieux qui lui est propre.
Le décor et description de la scène:
Les acteurs sont placés sur une scène constituée de planches de bois clouées. Le décor se limite à un simple rideau vert en arrière-plan, soulignant la simplicité du théâtre itinérant.
Dans ce modeste théâtre, la scène représentée illustre la transmission d’un message de l’amoureux à sa bien-aimée par l’intermédiaire d’un messager, sous le regard à la fois curieux et soupçonneux de Pantalone.
Cette composition met en lumière toute la vivacité et l’ingéniosité de la commedia dell’arte, où le jeu des regards, des gestes et des costumes participe pleinement à la compréhension de l’intrigue.
Mais il ne faut pas oublier que le spectacle n’est rien sans son public !
Chaque été, les festivaliers font vivre les scènes d'Avignon.
Cette œuvre intitulée Au théâtre d’Honoré Daumier, nous rappelle que le public est, depuis toujours, au cœur de l'expérience théâtrale.

Bon festival d’Avignon !
Bibliographie :
Terres sacrées de Perséphone, collections italiotes de l’Institut Calvet, Avignon, dir. Odile Cavalier
Dessins de la donation Marcel Puech à l’Institut Calvet, Avignon, catalogue sommaire, Philippe Malgouyres
Un Jour, Œuvres sur papier du XXème siècle, Pierre Provoyeur, Institut Calvet éd.2002
Une vie un don, chefs-d’œuvre de la donation Marcel Puech au musée Calvet, édité par l’Institut Calvet, Avignon


